...tourne, tourne, petit poisson...


D'après Matisse


Cher F.,

0) Je ne sais rien. C'est le postulat. Voilà ce qui m'a traversé... Un fouillis dans un buisson.

1) La nature forme des motifs. Certains sont ordonnés dans l'espace mais désordonnés dans le temps, d'autres sont ordonnés dans le temps mais désordonnés dans l'espace. Certains sont de nature fractale, avec des structures invariantes d'échelles, d'autres donnent lieu à des états stables ou à des états oscillants. L'essence du chaos, c'est un équilibre délicat entre des forces de stabilité et des forces d'instabilité; une interaction féconde entre des forces à l'échelle atomique et des forces aux échelles ordinaires. La vie puise l'ordre dans un océan de désordre, forme née au sein de l'informe, beauté et mystère fondamentaux...

2) Le fait de vivre a ceci de particulier qu’il ne se manifeste qu’à la pemière personne, et ce vivre c’est la capacité qui m’est conférée d’agir, d’imposer, grâce au sentiment d’exister qui est le mien, une certaine modification, ou altération, aux limites de mon monde. Les bornes de mon monde sont celles que dessine ma sphère d’expérience affective réelle. Le plan sur lequel est posé la sphère individuelle d’expérience ne comporte pas de directions établies, ni de centre. Le plan de la vie est sans voies, sans balises, sans ligne de fuite ni horizon, c’est celui d’une errance indéfinie de la sphère d’expérience. Plus qu’une trame, le plan de la vie est analogue à une plage mélodique dans laquelle “les vécus” s’imbriquent et modifient la tonalité...

3) La vie n'appartient pas au monde, elle a pour mode d'être ce bohneur ou ce malheur dans lesquels se révèle et s'atteint chaque fois le "sujet du vouloir". Je ne peux trouver d'issue au chaos de mes émotions et pensées tant que je n'ai pas compris que le décalage n'incombe pas à la vie telle qu'elle est mais à moi-même tel que je suis.

4) La vie, posée comme sphère d'expérience, prend plusieurs formes. Ici, se développe une forme particulière, envahissante, qui prolifère dans ce dispositif auquel nous nous soumettons, inconscients et dociles, le sujet résultant de la relation entre nous, les vivants et ce dispositif. Le sujet construit ici un monde à la fois réel et fantasmatique. Il se trouve tout seul et très bien accompagné. Il partage les choses insensées mais pas les gestes du quotidien... Il fait des rencontres essentielles avec des êtres qu’il connait depuis toujours mais qu'il ne connaîtra jamais. Difficile de garder son sang froid...

6) Expulsé, plus exactement sauvé avant la noyade. J’ai toujours aimé nager seul au large, entraîné loin des côtes, jusqu’au risque. Dans DD, J’étais immergé, en apnée, glissant, porté et bercé par la vague jusqu’à m’approcher du point de non retour, celui où on ne voit plus la rive, à partir duquel on ne sait plus dans quel sens aller...

7) Le déplacement du sujet unique captivant en objets multiples insaisissables entraîne alors une impossibilité de rétablir la relation de pouvoir, de dépendance à l’autre, dangereuse parce que sans présence donc sans limite.

8) Ne reste alors plus qu'à se raccrocher à l'illusoire sentiment de non existence, du rien flottant dans l'espace le sourire aux lèvres, non-esprit, absence de tout état d’esprit particulier, sans sujet ni ...objet, ni lieu, ni orientation, ni aspect ni forme, ni gain ni perte, n'ayant plus peur de tomber dans le vide ne reculant pas après avoir scruté l’abîme, abandonnant la quête de connaisssances et d’opinions, inutiles bagages du voyageur de l’intériorié, pour qui l’être, la valeur, le sens et le sentiment se fondent en une seule et même vacuité- une expérience d’immensité où frémit l’omnipénétrante sympathie...

9) Une nouvelle manière d'être au monde, en attente. Livré cette fois à l'inconnu, plus rien à lui confronter, comme un renoncement nécessaire. L’attente et l’oubli, ne plus dire "je", exprimer cela seulement qui ne peut l'être, regarder ce qui se dérobe sans que rien ne soit caché...

10) Voilà le fourbi.... et on peut reprendre, au hasard, au début, n’importe où, tout est dans tout...

11) Je vais aller me reposer un peu...


( Ont pris la parole, dans le désordre, Audi, Conche, Wittgenstein, Carré, Houang-Po, Zizek, Deleuze, Agamben, Gleik, Blanchot, toi, moi....)

10 commentaires:

Katy- a dit…

Les rouges, le jaune, le bleu comme décor, des corps d'écailles, à en faire tourner la tête... ;)

Je reviendrais tourner, mordre encore l'hameçon, j'aimerais sutout le pêcher pour moi celui-ci...

(faudrait qu'ils remontent à la surface tes beaux poissons, pour un peu et je ne le voyais pas :)

L.r a dit…

Katy,
Désolé pour le contretemps qui fait apparaître ton message aujourd'hui.
Tu avais envoyé la ligne trop vite...

Anonyme a dit…

Voici que je reste immobile et que c'est le bocal qui vient à tourner. Ou pire, c'est le bocal et tout ce qui l'entoure, qui tourne.

11 points. Du tri à faire et du temps à prendre dans le fourbi pour se l'approprier, mais déja quelques anciens billets s'éclairent sous un nouveau jour et de fausses pistes peuvent s'en aller promener ailleurs.

Le soldat Witt dans "la ligne rouge" est humain. La preuve étant qu'il en meurt à la fin. Etait ce cela le prix à payer, pour qu'on en croie la sincérité...

Ici tant d'idées et de visions que je n'aurais su exprimer. Difficile de garder son sang froid en effet.

Juste merci infiniment, c'est un minimum.

A plus tard bien entendu.

F.

L.r. a dit…

F,
Se souvenir que tout ceci avance dans un mouvement imprévisible où la position, donc la vision des choses, n'apparaît qu'au moment de l'arrêt, et disparaît dès que le mouvement reprend... Ces remarques racontent ce monde ici et maintenant, dans le même instant, j'ai oublié tout le reste... Demain, j'aurai oublié ce que j'ai écrit aujourd'hui, et les choses reprendront leur cours, imperceptiblement dérangées... Merci à toi.

Katy- a dit…

..mais, ce commentaire dérivait depuis mai !! Prédestiné à "remonter à la surface", il paraît alors échoué là, telle une sirène venant de recouvrer la vue.. :)
Les marées ont donc emplies de "11)" ce bocal depuis, heureuse alors de voir le dis-positif rejoindre l'id-entité, Lr et F faire d'éclaboussants ronds dans l'eau.

varna a dit…

<< Une nouvelle manière d'être au monde, en attente. Livré cette fois à l'inconnu, plus rien à lui confronter, comme un renoncement nécessaire. L’attente et l’oubli, ne plus dire "je", exprimer cela seulement qui ne peut l'être, regarder ce qui se dérobe sans que rien ne soit caché...>>

- Je reconnais là le point 5)


(Pardon, Fish, pour la citation ;-)

La révolte des formes a dit…

Varna,
Il y aura donc eu quelqu'un pour lire cette litanie indigeste... Je découvre, pour l'occasion, avec une certaine stupeur, qu'il manque à cette liste le point numéro 5... étrange affaire décidément... ;-))

La révolte des formes a dit…

Encore Varna,

Cet échange, qui repose toujours sur une communication incertaine, dont la seule réalité est le rapport imaginaire que l'on entretient avec des ectoplasmes qui nous hantent, a sûrement quelque chose à voir avec une forme de folie... un grain qui démange...

Fishturn a dit…

5) Une répétition générale de la mort.

Nathan Stillson a dit…

0 remplaçant le point 5.
Le mariage du 2 et du 3
Le centre du cercle. La résurrection.
11 points infiniment.
Jolie expérience.
C'est koi le point 8 déjà